Ces références au fléau à plumes témoignent de son omniprésence dans les esprits. Il est vrai que les médias s’en sont donnés à cœur joie et continuent maintenant. Un des seuls avantages à cette surexposition médiatique est d’avoir fait diminuer le ratio mort/kilomètre. Non pas que tout à coup le sort de notre lointain voisin turc nous intéresse. En réalité, on rigole bien de ces paysans qui courent dans la boue et attrapent les pauvres volatiles à pleines mains. « On dirait qu’ils ont jamais entendu parler de Pasteur », et de continuer notre brillante analyse géopolitique « en tout cas ça montre bien qu’ils sont pas près d’entrer dans l’Europe, les kebabs !». Par contre, la grippe aviaire, elle, est prête à défoncer les frontières, et encore, sans montrer plume blanche.
L’épidémie ne nous intéresse que parce qu’elle est susceptible de devenir une pandémie. Et par la même risquer de toucher nos chères petites têtes blondes après avoir fauché quelques enfants ottomans. Encore et toujours le traitement préférentiel réservé aux Européens et à ce qui pourrait les contrarier.
Malheureusement, ce traitement de faveur ne s’arrête pas aux médias et tout le monde se penche désormais sur le caca piégé des gallinacés. Pour preuve, les Nations Unies viennent de récolter 1,9 milliards de dollars à Pékin pour lutter contre la grippe aviaire.
Mais qui a entendu parler de l’épidémie de fièvre de Marbourg qui a tué des centaines d’Angolais au printemps 2005 ? Le nombre de décibels produit par votre silence vous donne une idée de la somme récoltée pour lutter contre cette crise. De la même façon, la surexposition de la pandémie aviaire masque les autres combats sanitaires et réduits de façon drastique les subventions en leur faveur.
Peu importe, car grâce à toute cette pression médiatique et politique, les laboratoires Roche ont accéléré leur production de Tamiflu. Pour 44 euros, vous pouvez acheter une boite de dix comprimés en pharmacie. Nous sommes sauvés ! Enfin, pas tous, il parait que Roche a attrapé l’euphorie aviaire.
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