Samedi 19 août 2006

Des gaulois pas si barabres que ça

 

A deux pas de l’oppidum gaulois de Gondole, une vingtaine de passionnés remue la terre, pendant un mois, et multiplie les découvertes sur nos ancêtres.

10 heures, chacun sort de son trou et retrouve le monde moderne : un  préfabriqué et une tasse de café, pour une pause bien méritée. C’est donc à l’abri des gouttes que nous accueille l’archéologue Yann Deberge, membre de l’ARAFA, (Association de Recherche sur l’Age du Fer en Auvergne).

L’an dernier, à la même époque, les premières fouilles avaient été lancées sur cette zone, à quelques mètres de l’oppidum (ville gauloise) de Gondole, dont les restes du rempart, l’un des plus grand d’Europe, surplombent le chantier. A la fin du mois d’août, les archéologues avaient mis à jour une voie de circulation, des fondations, des puits et quelques indices qui laissaient penser que le site abritait un quartier artisanal gaulois.

Après 15 jours de fouille cette année, cette première intuition se révèle exacte, et le sous-sol n’a pas fini de livrer ses mystères. Les membres de l’équipe ont effectivement déterré de nombreux tessons de poterie, des amphores intactes, des fours de potiers, mais aussi, plus surprenant, un casque, une pointe de lance et l’extrémité d’une épée. Pour Yann Deberge, la découverte d’armement témoigne aussi de la présence d’une « population aristocratique » sur cette zone que l’on pensait jusqu’à présent exclusivement réservée aux artisans. Hypothèse confirmée par la découverte de bijoux, mais aussi d’amphores de vin, en provenance d’Italie, privilège de l’élite gauloise.

L’ archéologue pense que les deux classes sociales vivaient dans ce quartier, dans un rapport de domination :  « Ce secteur artisanal devait être contrôlé par une frange aisée de la population, probablement l’aristocratie guerrière ». Une explication scientifique et historique qui tord le cou au stéréotype du gaulois barbare vivant dans une société anarchique. Car le site de Gondole a été occupé de -80/-70 avant JC à -30/-20, à une période charnière, où la population, notamment les élites, étaient de plus en plus influencées par le mode de vie romain. Yann Deberge précise d’ailleurs, que si l’on se souvient de Vercingétorix, on oublie plus volontiers les gaulois qui ont choisit le camp de César, il sourit en imaginant que ce quartier pourrait être celui d’un de ces « traîtres ».

En passionné, Yann insiste sur le fait que « chaque fouille sur l’âge du fer est importante », même si l’on imagine que la rareté des vestiges découverts confère à ce chantier un intérêt particulier. Seul regret, l’impossibilité de fouiller à l’intérieur même de « la zone de l’oppidum, probablement encore plus intéressante ». Dans cette zone bâtie, les recherches sont en effet soumises au bon vouloir des propriétaires.

Les membres de l’équipe : archéologues, bénévoles, étudiants en archéologie de Clermont-Ferrand, Lyon, et même Moscou partagent l’enthousiasme de leur responsable, à l’image d’Hélène Blitt, jeune licenciée d’archéologie de l’université de Nantes. Accroupie entre des vestiges de four et des morceaux de céramique, elle explique venir sur le chantier pour la deuxième année consécutive, « afin de suivre l’évolution des fouilles », et se dit, bien évidemment, prête à « revenir l’année prochaine, et même plus s’il le faut ».

Pratique : Venez découvrir le résultat des fouilles du mois d’août grâce aux visites guidées organisées le 30 août, à partir de 14 heures, jusqu’à 17 heures.

Maxime Souville et Apolline Breuil

Par Maxime Souville - Publié dans : Archives La Montagne
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