L'homme qui aime faire chanter la poudre
Lorsque tout le monde a le nez en l’air, le regard perdu dans le ciel à chercher la belle bleue, lui a les yeux rivés sur sa console et chorégraphie le ballet aérien sur lequel il a travaillé des heures. Marc Jouffroy est tombé dans le feu d’artifice quand il était petit. A 13 ans, il suit déjà son père, pyrotechnicien amateur, sur le champ d’opération et se grise de l’odeur de la poudre en jurant d’en faire son métier. Un BTS audiovisuel en poche, le jeune homme trouve « le poste rêvé » dans l’entreprise Sodip Pyrotechnie, basée à Cournon d’Auvergne, qui lui propose d’être concepteur de feux d’artifice.
On est loin du cliché de la tête brûlée qui court torche en main à travers le pré et allume fusées sur fusées au milieu des explosions. Pour Marc, un feu d’artifice se prépare dans un premier temps face à sa platine CD. Cet hiver, une commune lui a fait une commande sur le thème de Mozart. Il a donc patiemment réécouté l’intégrale, ou presque, du maître autrichien, avant de sélectionner les morceaux qu’il voulait traduire en langage des cimes.
« Je conçois mon feu en fonction de ce que m’inspire la musique » explique t-il. Il sourit en assurant qu’il travaille « au ressenti ». Les spectateurs ne se doutent pas que ce sont ses sentiments que Marc envoie en l’air sous leurs yeux émerveillés. Et pour les exprimer, il dispose d’une palette de plusieurs centaines de produits. Il adore ouvrir les catalogues et découvrir les nouveautés. Il sourit en pensant à « ces bombes espagnoles qui explosent en forme de cœur ou de papillons ».
S’il travaille sur près de 200 feux par ans, il prend soin de chacun, du plus petit au plus gros budget. En véritable passionné, Marc fait filmer ses mises en scène par son amie pour ensuite disséquer sa prestation. S’il s’avoue « rarement satisfait », il n’a pourtant jamais totalement raté un show. Sa déception est celle du professionnel, et il sait que le spectateur lui pardonnera sans même s’en rendre compte, la demi seconde de trop entre le départ de deux fusées.
Marc le confirme, le mois de juillet d’un pyrotechnicien est épuisant et crucial. En ce moment, entre implantations de feux, livraisons et conceptions, il ne dort que quelques heures par nuit.
Ce soir, il sera à Brive. Avec son équipe, il raconte avoir mis en place 150 rampes de 5 bombes chacune. Autant dire, une barrière de feu sur le thème rythmé de la « Gipsy féerie ». Celui qui s’ « éclate sur les gros feux » tient absolument à assister à celui-là, il sera donc dans le public. Et si cette fois, il lèvera les yeux au ciel comme tout le monde, il ne fera pas attention à la bande sonore et préféra un autre type de musique, celle des compliments et des exclamations émerveillées, son bouquet final à lui….
Maxime SOUVILLE
paru dans La Montagne du vendredi 14 juillet
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