Jeudi 6 avril 2006
Loi Sarkozy: pas de travail, pas de visa !

Après les jeunes, les immigrés. C’est le parallèle dressé par les associations de soutien aux sans-papiers depuis que les grandes lignes du projet de loi sur l’immigration du ministre de l’Intérieur sont connues. Présenté mercredi en conseil des ministres, le texte prévoit de restreindre les arrivées, de favoriser l’intégration, mais surtout il insiste sur la notion d’immigration choisie, qualifiée de « jetable » par les associations.

C’est la première fois depuis les années 70 que la donnée économique est au centre des préoccupations en matière d’immigration. Le texte insiste sur les migrations « à des fins professionnelles » et énonce clairement ses attentes en matière d’immigrés : en effet, les travailleurs étrangers les plus compétents verront leurs formalités administratives facilitées. Le ministre de l’intérieur entend par ce biais combler la pénurie de main d’œuvre dans certains secteurs comme, la restauration, le paramédical, le bâtiment ou les services à la personne.

Si les objectifs sont précis, la mise en application de la loi reste floue. Au ministère de l’Intérieur, personne ne communique sur le sujet. Qui pointera les secteurs déficitaires en main d’œuvre ? Qui recensera région par région les zones géographiques demandeuses de travailleurs ? Les immigrants présenteront-ils leurs diplômes pour obtenir un visa ? Quid de l’équivalence des diplômes ?

Pitshou, 41 ans, s’interroge sur la cohérence de cette loi. Ce Congolais débouté du droit d’asile, rencontré dans le bâtiment qu’il occupe avec d’autres sans-papiers dans le XIIIe arrondissement de Paris, constate que les « clandestins » en France représentent déjà un fort contingent de travailleurs dans les secteurs concernés par la loi. Lui et son ami Karim travaillent ponctuellement « au noir » sur des chantiers, dans des usines, et dans d’autres secteurs peu qualifiés. « Actuellement, si je fais valoir mes qualifications (un diplôme de tourneur fraiseur), on me dit que ça n’entre pas dans le cadre de l’asile politique mais économique », explique Pitshou. Et malgré le besoin de main-d’œuvre, sa demande est rejetée.

Ce grand écart entre le projet de loi et la réalité ne surprend pas Minou Humarau, bénévole à l’association Droits Devant. Pour elle, le gouvernement ne veut pas régulariser les sans papiers actuels. « On ne va pas faire appel à ces gens là » explique t-elle, le gouvernement veut « des travailleurs jetables ». Les migrants qui feront valoir de hautes qualifications se verront effectivement délivrer une carte de séjour de 3 ans. Pour les migrants plus faiblement qualifiés, la durée de leur présence sur le territoire dépendra de l’obtention d’un contrat de travail. Plus de visa, plus de travail.

Cette politique de « migrations pendulaires à grande échelle » n’est pas sans rappeler celle des 30 glorieuses lorsqu’il fallait reconstruire la France et faire tourner les usines Renault. Et pour s’assurer que les migrants ne s’installent pas, la loi durcit les conditions de venue du conjoint, de même, les clandestins ne seront plus régularisés automatiquement après 10 ans de présence sur le territoire.

Dans ces conditions, « les gens oseront-ils encore venir travailler en France », se demande Pitshou

Souville Maxime

Par Maxime Souville - Publié dans : Archives CFJ
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