Jeudi 6 avril 2006
Le tabac n’en finit plus de faire tousser la majorité

L’interdiction de fumer dans les lieux publics est peut-être pour bientôt. Depuis novembre 2005, le député UMP du Bas-Rhin, Yves Bur a brisé un tabou en présentant une proposition de loi visant à étendre le champ d’action de la loi Evin. Frileuse, la majorité a renvoyé à plus tard l’examen de la proposition. Malgré les pressions des buralistes sur la majorité, l’élu a obtenu le soutien de 80 députés de son camp. Mais il a surtout permis d’ouvrir le débat en France.

Depuis quelques semaines, cet aspect de la lutte contre le cancer semble de nouveau être sur les tablettes de la majorité. Mais désormais, c’est le ministre de la santé Xavier Bertrand qui semble avoir repris le dossier.

Il est vrai que l’UMP était sur le point de se faire devancer par l’opposition. Claude Evin, député socialiste, a déposé une proposition de loi le 24 mars qui visait à abolir le concept de zone fumeur et donc à interdire rigoureusement et sans exception l’usage de tabac dans les lieux publics.

« Le gouvernement ne veut pas l’inscrire à l’ordre du jour » selon Xavier Julien, directeur de la communication au sein du groupe socialiste à l’assemblée. Il n’est même pas sûr qu’il soit présenté lors des prochaines semaines parlementaires. Si pour le PS ce refus témoigne d’une volonté de ne pas s’attaquer au problème, l’explication est sans doute plus politicienne.

Xavier Bertrand ne veut pas se laisser couper l’herbe sous le pied, a fortiori sur un sujet de santé publique bénéficiant d’un large soutien dans l’opinion. Fort d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) rendu public début mars, le ministre devait se prononcer avant la fin du mois de mars et adopter l’un des plans proposé par l’organisme : interdiction totale ou aménagement de la loi Evin exemptant les débits de tabac, ce qui inclurait les bars tabac.

Las, le CPE a passablement perturbé le calendrier et a obligé le ministre à repousser sa décision. Plus pour longtemps semble-t-il. Depuis mardi, les buralistes conscients de l’imminence de la décision ont lancé une pétition réclamant un aménagement de la loi pour leurs établissements au nom des « libertés civiles », tout en affirmant « leur soutien à la politique de santé publique ».

Au début des années 90, la France était en avance sur ses voisins européens. Depuis, les autres ont fait du chemin. En Irlande, Deux ans après l’entrée en vigueur d’une loi interdisant de fumer dans les lieux publics peu d’habitués regrettent les pubs enfumés. En Italie, les observateurs s’étonnent du respect d’une loi que ses détracteurs vouaient à l’échec.

De la même façon, l’opinion publique française ne semble pas hostile à un durcissement de la législation. Dans un sondage publié le 24 février dans le Figaro, 78% des Français se prononçaient pour l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics.

Reste au gouvernement à choisir entre une demi-mesure et une vraie rupture au risque de pousser les buralistes dans une rue déjà encombrée.

Par Maxime Souville - Publié dans : Archives CFJ
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Lundi 3 avril 2006

CPE

Les lycéens entre démobilisation et crispation

 

Pas besoin de faire appel à la police pour rouvrir le lycée Montaigne (VIe arrondissement) hier matin. Les élèves prévenus la veille par internet étaient à l’heure et les quelques bloqueurs ont laissé les lycéens se rendre à l’assemblée générale. À l’ordre du jour, la poursuite ou l’abandon du blocage ?

Après deux mois de mobilisation, le mouvement est peut-être à un tournant : la promulgation-suspension du CPE a autant énervé les plus « acharnés » que démobilisé les plus « tièdes ».

Pour les plus déterminés, ces blocages symboliques et bon enfant ne suffisent plus. Devant le lycée, Dimitri et Tolgay, lycéens à Edgar Quinet (IXe arrondissement) retrouvent Xavier, un ami de Montaigne, membre de l’UNL (Union Nationale Lycéenne). Rendez vous 14h à Bastille pour une action « coup de poing » : le blocage de la circulation sur le rond-point. Ce genre d’initiatives se généralise. « C’est  la seule façon de se faire entendre » selon Dimitri, face à un gouvernement qui fait la sourde oreille.

Même résolution à la FIDL (Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne). Sur son site internet, l’organisation qui se targue d’être le premier syndicat étudiant appelle « à organiser des blocages d’axes routiers ». Pour le syndicat aussi, c’est la réponse à « l’autisme ahurissant du pouvoir » qui pousse à ce genre d’action.

Lundi matin, une centaine de lycéens ont bloqué la RN4 à hauteur de Champigny-sur-marne et la RN20 à Etampes et à Arpajon. De leur côté, les lycéens de Corvisart (XIIIe) ont eu moins de succès. Les forces de l’ordre les ont éconduits alors qu’ils s’apprêtaient à agir près de la tour Eiffel.

Mais les syndicats sont clairs, le durcissement du mouvement ne doit pas être synonyme de violence. Xavier, membre de l’UNL, condamne sans réserve saccages et débordements, même s’il comprend la fuite en avant de certains, face à un gouvernement qui mise sur l’essoufflement du mouvement. De leur côté, Dimitri et Tolgay n’excluent pas le recours à la violence. Mi-cynique mi sérieux, Tolgay explique que si radicalisation il y a, les BEP de son lycée seront une « bonne main d’œuvre ».

Avertissement ou simple fanfaronnade ? À 14h, place de la Bastille, seuls les feux rouges bloquaient la circulation.


Maxime Souville

Par Maxime Souville - Publié dans : Archives CFJ
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Dimanche 26 février 2006
 


Ni tout blanc, ni tout noir

(attention, cette enquête date de début janvier)

La France a redécouvert en 2005 que près de 5 millions de ses enfants étaient noirs. Face à l’émergence d’une « question noire », le Conseil Représentatif des Associations Noires (Cran) est né pour tenter d’y apporter une réponse, mais sur un sujet aussi sensible, les avis divergent et le Cran est sommé de montrer patte blanche.


Si tout le monde s’accorde à faire de l’année 2005 une année noire pour la France, elle a aussi été celle de la communauté noire. La rumeur grondait depuis les dérapages de moins en moins contrôlés de Dieudonné et les incendies parisiens. Ce sont finalement les polémiques sur l’esclavage, le rôle positif de la colonisation et les réactions consécutives aux violences urbaines qui ont entraîné la création d’une confédération exclusivement consacrée aux problèmes des noirs de France. Le 26 novembre, dans une salle de l’Assemblée nationale, une cinquantaine d’associations donnaient vie au Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN). Ses co-fondateurs, Georges Louis Tin et Patrick Lozès veulent faire de cette structure un instrument pour lutter contre les discriminations, travailler sur la mémoire et l’Histoire des communautés noires originaires d’Afrique et des Antilles et à terme aider les membres de cette communauté à se sentir pleinement français, en changeant les mentalités, chez les blancs, comme chez les noirs…


Polémique

Cette initiative apparemment séduisante a déclenché une polémique qui transcende les clivages politiques. L’extrême droite comme certains membres de partis de gauche, les sites internets identitaires comme certains sites afro antillais critiquent la démarche pour différentes raisons. Les quelques groupuscules radicaux qui retrouvaient un second souffle en soutenant Dieudonné et occasionnellement en lui servant de gros bras se gaussent de ces « bountys »1  qui mendient un peu de reconnaissance à leurs maîtres « leucos »2. L’exposition médiatique importante de la naissance du Cran, inversement proportionnelle à son poids réel, agace aussi. Patrick Karam, le président de Collectif DOM fustige les médias suiveurs qui oublient toute retenue pour être dans l’air du temps.

Cet Antillais qui se targue d’être à la tête d’une association regroupant environ 10 000 adhérents ne s’arrête pourtant pas à ce détail. Dans un communiqué paru sur le site internet du collectif, il tire la sonnette d’alarme dans un texte incendiaire : « Le Cran : une imposture médiatique sans réalité fondée sur la race »3. Il n’a pas de nom pour qualifier l’entreprise qui consiste à vouloir combattre un racisme particulier en se regroupant sur un critère racial. Pour cet Antillais blanc, l’introduction d’un critère racial risque de mettre à mal l’édifice fragile fondé sur la créolité qui permet aux Antillais de toutes origines de vivre ensemble. Il ironise sur l’effet pervers de la démarche, qui contribue en réalité à renforcer le racisme anti-noir. Les identitaires n’ont effectivement pas perdu de temps pour créer un pendant blanc au Cran, le Crab (Conseil représentatif des Associations Blanches). Au programme : « l’instauration de quotas de “blancs” au sein des groupes de rap et de zouk, parmi les videurs de boîte de nuit et les vigiles de centres commerciaux et, bien entendu, au sein de l’équipe de France de football »4.

Cette provocation, qui est une technique habituelle des groupes d’extrême droite, simplifie pourtant la démarche du Cran. Stéphane Pocrain, sympathisant du Cran, qualifie le fantasme des quotas de piège à éviter « nous ne voulons pas de quelques noirs vitrines qui masquent les difficultés de l’immense majorité », et n’est pas totalement convaincu par la discrimination positive. Georges Louis Tin, l’un des deux co-fondateurs du Cran s’explique sur ce point précis. Ce normalien, maître de conférence à l’université d’Orléans, avoue aimer passionnément les mots. Et cet amoureux ne saurait être séduit par la traduction du concept d’ « affirmative action ». La valeur repoussoir de l’expression « discrimination positive » décrédibilise l’idée et fausse le débat, assure t-il. Il n’est pas contre une synthèse des modèles américains et français sur le sujet. « En France, on raisonne en termes de classes et aux Etats-unis en terme de race », simplifie t-il, lui voudrait que la « politique d’égalisation » prenne en compte ces deux données. Ainsi, les inégalités de toutes sortes seraient prises en compte et comblées. Ce raisonnement témoigne de la démarche de Pierre Georges Tin qui veut faire prendre conscience que la communauté noire, dans son ensemble, souffre de discriminations spécifiques. Son premier combat, il l’a gagné contre le politiquement correct en imposant le mot noir dans le paysage, en « marquant le vocabulaire ». Une première façon d’exister. Tout vient en effet de cette absence d’existence, liée au racisme, mais aussi à l’anti-racisme des années 80… L’antiracisme en s’opposant au concept de race ne tolérait pas non plus les raisonnements en terme de race : « pas de race, pas de noirs, pas de noirs, pas de question noire », résume t-il.


Communautarisme

Il explique aussi que sa démarche n’est pas communautariste mais effectivement communautaire. Ce militant homosexuel ne veut pas se couper des combats des autres minorités (homos, juifs ou maghrébins). Il note aussi que l’accusation de communautarisme sert souvent à jeter l’anathème sur un groupe pour éviter d’aborder les questions de fond. Pap Ndiaye, autre sympathisant du CRAN et enseigant à l’EHESS, s’explique sur la démarche communautaire. Pour ce spécialiste des mouvements noirs américains, il convient de distinguer les différentes sortes de discrimination  pour mieux les combattre : « les discriminations visant les populations noires de France ont une histoire, des formes particulières qu’il est nécessaire de penser », et d’ajouter « cela ne signifie pas que les noirs aient des droits particuliers, ni que leur situation soit nécessairement plus difficile que celle d’autres personnes »5.

Patrick Karam s’amuse de cette découverte, lui qui occupe le terrain depuis des années. Le 11 décembre 2004, une manifestation contre les discriminations à l’appel du Collectif Dom avait rassemblé 10 000 personnes dans les rues de Paris « mais les médias n’en ont pas parlé ». L’association qu’il préside fait du lobbying et se targue d’avoir obtenu entre autres des excuses de Finkielkraut. Néanmoins, cette démarche ne dépasse pas le cadre des Antilles, et pour cause, Patrick Karam affirme qu’il n’y a « rien de commun entre les Antillais et les noirs originaires d’Afrique ». Faux répondent les animateurs du Cran, les noirs, quelles que soient leurs origines ont une histoire de souffrances communes, mais aussi une histoire plus positive, des auteurs noirs, Antillais ou Africains qui constituent encore des références, et tout simplement une identité culturelle diasporique qui les rapproche. Pour Hortense Nouvian, directrice du magazine Cité Black, la différence entre Antillais et Africains, c’est de la masturbation intellectuelle ». Elle assure par ailleurs que la demande de représentation est devenue de plus en plus perceptible chez son lectorat, elle est donc « pour tout ce qui fédère ». Les membres du Cran sont bien conscients des difficultés de leur entreprise et des tensions entre différentes diasporas, mais comme le dit Georges Louis Tin, ses activités de militant homosexuel l’ont préparé à fédérer des groupes très différents. En un peu plus d’un mois d’existence, le Cran a vu de nouvelles associations le rejoindre, et il annonce avoir passé le cap des 100 membres associés et des 1000 membres indirects. Le site internet bientôt en ligne devrait engendrer une nouvelle dynamique. Le lancement de manifestations culturelles devrait être une des prochaine étape, et le Cran fera parler de lui, à coup sûr, le 10 mai prochain. Des historiens vont proposer cette date pour célébrer l’abolition de l’esclavage, et que les autorités le veuillent ou non, une manifestation sera organisée.

Cette action est à l’image du Cran, discutable sur la forme, mais nécessaire dans le fond. Pour rassurer les inquiets, le Cran affiche ostensiblement sa proximité avec les associations juives. Une façon de plus de se démarquer d’un Dieudonné qui a trop longtemps faussé le débat sur la question noire. Cela rappelle d’ailleurs les Etats-Unis où Louis Farrakhan, un leader noir radical et ouvertement antisémite séduisait bien au delà de sa communauté de pensée jusqu’à ce que des associations plus modérées voient le jour. Ces alternatives drainèrent bon nombre de noirs qui s’étaient tournés vers le mouvement radical faute de représentation. Louis Farrakhan est aujourd’hui largement marginalisé. Si le CRAN parvenait à être efficace et à gagner les masses, l’Histoire pourrait alors se répéter.

 


Maxime Souville


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1 Terme utilisé par les groupes noirs radicaux (Tribu Ka, Parti Kémite) pour désigner les noirs intégrés à la société blanche. Comme la barre du même nom, ils sont noirs à l’extérieure et blancs à l’intérieure.

2 Abréviation de leucoderme, terme péjoratif désignant les blancs chez les kémites.

3 Voir sur le site www.collectidom.com

4 http :// novopress.info, (dépêche du 05/12/05)

5 Chat avec Pap Ndiaye, le 09/12/05 « Discriminations, pourquoi les noirs se rassemblent-ils ? » www.le monde.fr

Par Maxime Souville - Publié dans : Archives CFJ
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Mercredi 22 février 2006

Israël ne devrait pas bouder Ismaël

 

Le Hamas a gagné, les électeurs ont joué le jeu mais les Palestiniens ont perdu. Inutile de revenir sur le paradoxe qui a vu les pays occidentaux reconnaître du bout des lèvres le résultat d’une élection démocratique si souvent appelée de leurs vœux.

Passons aussi sur le plan bancal et dangereux révélé par le New York Times et qui consisterait à redonner le pouvoir au Fatah. En étouffant économiquement les territoires palestiniens, les Etats-Unis et Israël voudraient décrédibiliser le mouvement islamiste qui a orienté sa campagne sur l’amélioration des conditions de vie des palestiniens et organiser de nouvelles élections pour revenir à un Parlement fidèle à Mahmoud Abbas.

Au-delà de l’aspect critiquable moralement de cette stratégie, on est en droit de s’interroger quant au bon déroulement du scénario. La surenchère islamiste dans la région, la bataille pour le leadership de l’islam politique, et la volonté de changement qui règne dans les territoires risque d’avoir l’effet contraire. Lâchés par les grandes puissances et humiliés, les Palestiniens risquent de se tourner vers l’Iran (dont on connaît déjà la mainmise sur le Hezbollah) ou la Syrie , et combler les caisses vides de l’autorité par des subventions venues de pays peu connus pour leur volonté de dialogue avec Israël.

On est pourtant en droit de croire que le Hamas est soluble dans la démocratie. Sa base obéit aux ordres des dirigeants, comme le montre le respect de la trêve. D'autre part,  le mouvement de la résistance islamique semble avoir fait le choix du pragmatisme avec la nomination d’ Ismaël Haniyeh au poste de premier ministre.

Ce n’est donc pas de l’angélisme mais plutôt du réalisme politique que de souhaiter voir le quartet et Israël discuter avec le mouvement du cheikh Yassine. Et puisque l’on ne fait pas la paix avec ses amis mais avec ses ennemis, souvenons nous que le dialogue et qu’un minimum de confiance ont permis à l’OLP de devenir un partenaire pour Israël alors que l’organisation de Yasser Arafat avait été pendant longtemps une organisation terroriste.

 

 Maxime Souville

 

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Mercredi 8 février 2006

Gynéco prêche pour sa Chapelle

N’en déplaise aux mauvaises langues, le rappeur Doc Gynéco sait faire preuve de rapidité. Entré en studio en mai, il en est ressorti quelques mois plus tard, deux nouveaux albums sous les bras. Vendus ensemble pour le prix d’un seul CD, ces deux opus illustrent la schizophrénie musicale du rappeur marshmallow. Un Homme Nature est plutôt pop et groove, conformément aux voeux du rappeur qui suppliait, il y a quelques années, de le classer « dans la variet’ ».

En revanche, avec le Doc enregistre Au Quartier, le natif de Clichy-sous-Bois revient à ses premières amours, le rap et le reggae. Plus à l’aise dans ce registre, le docteur y signe quelques morceaux politiques à l’image de « Josette » qui égratigne Joey Starr devenu symbole du rap business. Cette réussite tient peut-être au retour aux sources accompli par le chanteur qui a enregistré cet album dans un petit studio de la porte de la Chapelle , son quartier de cœur. Un album à consulter.

Maxime Souville

 

Par Maxime Souville - Publié dans : Archives CFJ
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